Entretien avec CHAIBOU HALIDOU Illiassou, Secrétaire Général de la coalition nationale de la société civile pour l’alphabétisation et l’éducation non formelle (COSAENF)

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Le jeudi 8 septembre 2022, le Niger a célébré le 56 ans de la journée internationale de l’alphabétisation, couplée à la semaine de l’adulte. A travers la célébration de cette journée, il s’agit d’informer et de sensibiliser l’opinion nationale et internationale sur les réalités et l’importance de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle. Votre site a bien voulu s’entretenir avec CHAIBOU HALIDOU Illiassou, Secrétaire Général de la coalition nationale de la société civile pour l’alphabétisation et l’éducation non formelle (COSAENF).

 CHAIBOU HALIDOU Illiassou, S G COSAENF

Le Niger à l’instar de la communauté internationale célèbre la journée internationale de l’alphabétisation. Les statistiques officielles évoquent un nombre important d’enfants hors école et du taux élevé d’analphabétisme qui est de 68,9 % en 2021’’.  Comment analysez-vous cette situation ?

Il est bien normal d’enregistrer ce chiffre avec toutes les difficultés que connait notre système éducatif. D’abord, il faut noter que le Niger, à l’image des pays sahéliens connaît aujourd’hui une augmentation très rapide de sa population, avec une proportion de jeunes toujours plus importante sous l’effet d’une forte fécondité, ce qui entraîne une accélération de la demande sociale. Les effectifs à scolariser augmentent rapidement à tous les niveaux des enseignements, c’est à-dire primaire, secondaire et supérieur. Les défis qui y sont associés sont immenses. Les effets conjugués de cette démographie galopante et les faibles perspectives d’emploi pour les jeunes constituent un énorme risque pour le Niger particulièrement dans les zones rurales. En parallèlement, la situation sécuritaire vient s’y ajouter et les troubles sociaux s’y intensifient. Les charges liées au maintien de la paix et de la sécurité ainsi que celles liées aux autres services sociaux de base réduisent la part du budget des Etats consacrée à l’éducation. Cette faible implication de l’État dans le financement de l’Alphabétisation et Education Non Formelle (AENF) constitue une contrainte majeure pour la promotion de ce sous-secteur.

Votre organisation mène actuellement un projet régional « Partenariat de la société civile pour un plaidoyer en faveur de l’éducation non formelle au Niger, au Burkina Faso, au Mali et au Tchad ». Quelles sont les raisons qui ont motivé l’élaboration dudit projet ?

Plusieurs raisons nous ont motivé à initier ce projet, il s’agit entre autres : D’abord, il est est connu de tous que l’éducation est un droit universel, une priorité pour les objectifs de développement durable (ODD) qui consacre un accès à l’éducation pour tous sans aucune forme de discrimination. Malgré cela, plus de 262 millions d’enfants de 6 à 17 ans sont non scolarisés (EADE) dont 64 millions en âge de fréquenter le primaire (ISU, 2018). Il est également constaté que dans ces quatre pays de concernés par ce projet à savoir le Niger, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad, des fortes proportions des EADE sont enregistrés avec une situation plus grave au Niger. Et les effectifs des EADE ne font qu’augmenter avec une forte croissance. La croissance galopante de cette population s’explique par un taux de fécondité élevé, le plus élevé au monde. Cette situation est également aggravée par la pauvreté de masse, les chocs sécuritaires, les séquelles de la Covid-19, les faibles dotations budgétaires, la manque de coordination entre acteurs, etc, malgré l’existence d’une multitude d’acteurs ouvrant dans ce sous-secteur de l’AENF. Donc, l’ensemble de tous ces éléments a amené GRADE Africa, en collaboration avec l’APENF (Burkina Faso), l’AAPPOR (Mali) et l’UP (Tchad) à initier ce projet pour un mouvement sous-régional pour la promotion de l’éducation non formelle à travers la mise en place des coalitions pour une synergie entre les gouvernements et la société civile active dans le secteur.

Qu’est-ce que vous inspire le thème de cette année « Transformer les espaces d’apprentissage d’alphabétisation » ?

Aujourd’hui, selon les statistiques officielles, il y’a un taux d’analphabétisme de 68,9%. Cela nous démontre l’ampleur du fléau d’analphabétisme qui touche une frange importante de notre population. La situation est préoccupante, on ne peut pas en tout cas faire un développement avec un tel taux d’analphabétisme. Cela démontre combien de fois il est importance de devenir en aide cette population. Le thème de cette année intitulé « Transformer les espaces d’apprentissage d’alphabétisation » n’est pas un fait de hasard, c’est un terme pertinent, qui a tout son sens. Il s’agit de réunir au tour de ces espaces d’apprentissage d’autres types d’activités en même d’assurer une formation complète en même de rendre autonome sur le plan économique, sur plan culturel, sur le plan politique et social, les apprenants de ces centres d’alphabétisation. Il faudrait qu’au niveau de ces espaces, au niveau de ces centres d’apprentissage on dépasse l’apprentissages des connaissances instrumentales comme la lecture, le calcul et l’écriture. Transformer les espaces d’apprentissage veut dire par exemple créer ou implanter les activités de pérennisations des acquis de l’alphabétisation. Ça veut dire l’implantation des bibliothèques villageoises bien équipées avec une diversité des documents de lecture.  Transformer les espaces d’apprentissage d’alphabétisation est supposé également, créer des activités des AGR pour ces apprenants pour qu’ils puissent procurer le minimum pour faire face à leur préoccupation quotidienne. Il s’agit également de créer des formations spécifiques au tour des espaces d’apprentissage tel que l’apprentissage en menuiserie, l’apprentissage en couture, en techniques cliniques et toutes autres formes d’activités en même de rendre autonome l’apprenant de centre d’alphabétisation. Il s’agit également d’assurer une formation supérieure au sortant de ces centres d’alphabétisation en organisant au tour de ces centres tout une panoplie d’activités variées en principe de la sorte la transformation de ces espaces d’apprentissage, mais seulement cette transformation a beaucoup d’exigences. Il faut assurer un financement conséquent pour qu’on puisse atteindre ou mettre en œuvre toutes ces activités que nous venons de dire, d’où la nécessité de soutenir ce sous-secteur, de plaider en faveur du financement de ce dernier afin que l’alphabétisation et l’éducation non formelle soit un levier de développement socioéconomique de notre pays.

Quelles sont les perspectives au niveau de GRADE Africa ?

GRADE Africa en consortium avec APENF (Burkina Faso), AAPPOR (Mali) et UP (Tchad) est en train de mettre en œuvre ce projet Partenariat de la société civile pour un plaidoyer en faveur de l’éducation non formelle en faveur d’une intégration de l’éducation et de la formation à travers une mobilisation des acteurs dans ce le sous-secteur de l’AENF. Ce projet vise à Créer un environnement sous-régional favorable à la promotion de l’alphabétisation et l’éducation non formelle et propice à une meilleure synergie entre les gouvernements et la société civile en vue de repositionner ce sous-secteur et d’en faire un levier de développement socioéconomique. Afin d’entamer le processus pour le plaidoyer auprès du gouvernement pour le rehaussement de l’enveloppe allouée au sous-secteur de l’AENF, nous avons entamé une série des renforcements des capacités des acteurs en AENF avec un accent mis sur les organisations de la société civile nationale, sur diverses thématiques telle que la communication stratégique, l’utilisation des données probantes, les techniques de plaidoyer en négociation, etc. Le sous-secteur de l’AENF au Niger constitue un continuum où opère une multitude d’acteurs avec des objectifs, des outils, des méthodes et des approches pédagogiques et didactiques variés. C’est pourquoi, GRADE Africa a mis ensemble, à travers la Coalitions nationale de la société civile active dans l’éducation non formelle (COSENF) pour que leurs interventions exercent un effet de levier à l’extension rapide de l’espace éducatif, une meilleure collaboration entre tous les acteurs, y compris les populations locales.

Entretien réalisé par Souleymane BRAH

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