IMPACT DE LA COVID-19 SUR LE TRAVAIL FEMMES JOURNALISTES: VAGUE DE LICENCIEMENTS, TRAUMATISME DANS L’EXERCICE DE LA PROFESSION

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A l’instar de la communauté internationale, le Niger, pays francophone de l’Afrique de l’Ouest, comptant une population d’environ 25 millions d’habitants en 2022, selon les estimations de l’Institut National de la Statistique (INS), a également été frappé de plein fouet par la pandémie de la Covid-19. C’est à Niamey, la capitale, que le premier cas a été enregistré, le 19 mars 2020, sur un nigérien, âgé de 36 ans, employé d’une compagnie de transport terrestre.

Bien avant l’apparition de la maladie, les autorités nigériennes avaient déjà pris un certain nombre de mesures préventives, dont l’interdiction des rencontres réunissant un nombre important de personnes. En somme, des mesures qui ont sérieusement impacté l’ensemble des secteurs de la vie socioprofessionnelle nationale, réduisant drastiquement le fonctionnement régulier des Institutions.

Les médias, bars armés dans la lutte contre la propagation de la maladie à coronavirus à travers l’information, l’éducation et la sensibilisation des populations n’étaient pas épargnés des effets néfastes de la Covid-19.De la réduction du temps de travail au dégraissage du personnel, notamment dans les organes des médias privés où des journalistes et assimilés ont été mis en chômage technique et les moins chanceux, carrément licenciés des effectifs. Le secteur des médias a lui aussi durement été impacté par la crise sanitaire mondiale, tant sur le plan économique, social que dans l’exercice de la profession. Dans le fonctionnement des entreprises de presse, les femmes journalistes ont le plus été impactées par les effets néfastes de la Covid-19.

Bon nombre d’entre elles, du fait de leur statut de femme, avaient été contraintes d’aller en congé technique, sans rémunération pendant des mois. D’autres ont vu leurs maigres salaires réduits drastiquement, sans compter les arriérés qu’elles ont accumulés. Le plus affligeant a été le licenciement abusif des femmes journalistes, constaté dans plusieurs entreprises de presse privée. Au groupe de presse privé NIGER-24, témoigne le journaliste Abdou Kader Mamadou, « les femmes journalistes ont été les premières à être mises en chômage technique pour une durée indéterminée, sans salaire et aucune prise en charge par l’organe ». Une des raisons avancées par l’administration pour justifier de cette décision, « leur fragilité et leur contact direct avec les enfants », a-t-il expliqué, avant d’ajouter que « c’étaient des moments très difficiles pour ces femmes qui ont l’amour du travail et qui se sont données corps et âme, des années durant, pour le rayonnement de leur organe de presse ».On retrouve la même situation vécue par les femmes journalistes de NIGER-24 au niveau la Radiotélévision Tambara.

Le cas spécifique de la journaliste Maimouna Djado, qui fut Rédactrice en chef dans cet organe de presse, est assez illustratif de la difficile situation vécue par les femmes journalistes pendant la Covid-19. « En tant que Rédactrice en chef, j’ai été grandement surprise de me retrouver dans le lot des femmes mises en congé technique, pour cause, dit-on, de la Covid-19 », se rappelle encore Maimouna Djado.Pour justifier de ce choix, explique la journaliste Djado, « l’administration a mis en avant les difficultés économiques que rencontre l’entreprise du fait de la Covid-19, d’où le non-paiement des salaires au personnel pendant plusieurs mois ».Arguant l’impact négatif de la Covid-19 sur le fonctionnement régulier de l’organe de presse, renchérie Maimouna Djado, « dans un premier temps, nous avions été mises en congé technique de 3 mois avec un demi-salaire.

En plus, il nous a été imposé de ne pas chercher une autre occupation, surtout dans un organe de presse et ce, jusqu’à nouvel ordre ». Trois (3) mois après mon congé technique, « j’avais repris le chemin du travail avec plusieurs autres journalistes se trouvant dans la même situation que moi », se souvient Maimouna Djado. Mais quelle ne fut notre grande surprise de découvrir avec amertume que « l’entreprise nous a licencié sans préavis, prétextant les conséquences de la Covid-19 que subit l’organe de presse ». Des raisons qui ne peuvent convaincre, a estimé Maimouna Djado, d’où son recours vers les juridictions pour être mise dans ses droits, après l’échec du consensus au niveau de l’inspection du travail. Contrairement aux deux premiers organes de presse cités plus haut, la situation des femmes journalistes pendant la période de la Covid-19 dans certains groupes de presse a été plus ou moins meilleure.C’est le cas au niveau du Groupe de presse Anfani de Niamey où pendant la période du couvre-feu, imposée par le gouvernement pour freiner la propagation du virus, « seules les femmes mariées et celles qui n’avaient pas de moyen de déplacement ont été mises en congé technique », a déclaré le Directeur de la Radio et Télévision Anfani, M. Kader Idi. Malgré qu’elles soient en congé technique, précise-t-il, « aucun de leurs avantages, en dépit des difficultés de trésorerie, n’a été réduit, voire supprimé ».Pour Kader Idi, « même le congé technique de certains de notre personnel s’est imposé du fait que le fonctionnement régulier du Groupe de presse a été grandement réduit, en conséquence des mesures prises par le gouvernement pour interdire la tenue des ateliers et autres évènements ». Et pendant cette période, devait-il préciser, « les journalistes n’arrivaient pas à faire des éditions convenables du fait de la rareté de l’information sur les autres sujets de société. Même à propos de la pandémie, les personnes ressources refusent nos micros et caméras par peur d’être arrêtées, surtout s’il faut parler de la Covid-19 ».

Au Groupe de presse Dounia, l’impact de la Covid-19 sur le travail des femmes journalistes n’a pas été très ressenti. Selon Madame Mariama Soumana, Rédactrice en chef du Groupe de presse Dounia, « dans notre organe de presse, la Covid-19 n’a pas beaucoup impacté le travail des femmes journalistes ». En effet, soutient-elle, « autant pendant la période du coronavirus qu’en temps normal, les droits des femmes journalistes ont toujours été respectés. Nous n’avons jamais observé un traitement spécifique aux femmes parce que nous estimons que dans ce métier, il n’y a aucune distinction entre homme et femme. Tous font le même travail, il n’y a pas de raison à favoriser une composante du personnel au détriment de l’autre », ajoutant que « tous sont traités au même pied d’égalité ».Mieux, a-t-elle poursuivi, « pendant la période de la pandémie de la Covid-19, nous avions pris des dispositions qui s’imposent pour protéger la santé de chaque personnel, sans distinction de sexe ».

Dès l’entrée de la porte principale de l’entreprise, « un dispositif de lavage des mains est mis en place à l’usage du personnel et des visiteurs. Les mesures barrières (distanciation physique, port de bavette, et autres) sont rigoureusement respectées ».C’est le même état d’esprit qui a prévu au niveau du groupe de presse Canal3/Niger où les femmes journalistes ont été bien traitées sous la Covid-19, comme l’atteste la journaliste Ousseina Harouna. Pour preuve, soutient-elle, « quand il s’est agi de dégraisser le personnel de la rédaction de Canal3/Niger dans le cadre des mesures préventives contre la propagation du coronavirus, sur les 5 journalistes retenus, les 3 sont des femmes », puis d’ajouter que pendant cette période de la Covid-19, « les femmes bénéficiaient des mêmes mesures de protection que leurs confrères et sont au même titre que les hommes sur les terrains de reportage ». Bref, selon la journaliste Ousseina Harouna, « il n’y a pas eu de cliché entre les journalistes hommes et femmes, c’est plutôt l’égalité entre les deux sexes qui est respectée ».

A la radio R&M, première radio privée au Niger, « la femme journaliste jouie d’une grande considération. Elle est traitée comme le commande son statut dans notre société », dira le responsable de la radio, M. Daouda Adamou. Mieux, a-t-il indiqué, « la radio fait également la promotion de l’image des femmes dans les médias. Et à ce titre, nous accordons une place de choix aux femmes journalistes qui ne subissent aucune discrimination même pendant la période de la Covid-19 où le fonctionnement de nos organes était très difficile ».Qu’elles soient bien traitées d’un organe de presse à un autre, la condition des femmes journalistes dans les médias est très précaire. Que ce soit pendant la période de la Covid-19 ou en temps normal, elles ont toujours été victimes d’inégalités dans leur environnement de travail.

« Les conditions de vie et de travail des femmes journalistes et femmes dans les médias se sont davantage dégradées avec l’avènement de la pandémie de la Covid-19 », dira la Présidente de APAC-Niger.Bien avant cette crise sanitaire, a-t-elle fait remarquer, « les femmes journalistes avaient des difficultés à s’affirmer dans les rédactions, compte tenu de leur spécificité humaine de femme et certains préjugés et pesanteurs socioculturels ».Aussi, quand elles sont sur le terrain, renchérie Madame Amina Niandou, « les femmes journalistes sont les plus exposées à des risques que leurs confrères. Et ces risques sont devenus beaucoup plus grands pendant période de la Covid-19, surtout dans les organes de presse où des dispositions utiles pour les protéger ainsi que leurs familles (dotation en kits de protection), n’ont pas été prises ».Pour atténuer les effets négatifs de la Covid-19 sur le fonctionnement des entreprises de presse, notamment les radios et télévisions privées, qui licenciaient à tour de bras leur personnel sous prétexte qu’elles y manquaient cruellement des ressources pour les prendre en charge, l’Etat du Niger qui a élaboré un plan de soutien pour plusieurs secteurs d’activités a paradoxalement ignoré les organes de presse et leurs employés qui végétaient pourtant dans la précarité.

Une injustice qui a conduit le Bureau du Conseil d’Administration de la Maison de la Presse à solliciter une audience avec le Premier ministre, Chef du gouvernement de l’Etat, Brigi Rafini, auprès de qui, un plan d’appui aux médias a été déposé. Des engagements avaient ainsi été pris par le gouvernement, mais sont restés lettres mortes.

Pendant ce temps, les responsables des médias privés continuaient à licencier en grand nombre, leur personnel, le plus souvent sans respect des dispositions du code de travail. L’article 79 dudit code de travail du Niger stipule que « le salarié licencié pour motif économique bénéficie, en dehors du préavis et de l’éventuelle indemnité de licenciement, d’une indemnité spéciale non imposable, payée par l’employeur et égale à un mois de salaire brut ».

Mamata Abdoulaye Saley, Entretien Web TV

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