Scolarisation de la jeune fille au Niger : Le combat inspirant de   K. I au village de Fouroumi

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La trentaine révolue, K.I était pendant son enfance une brillante élève. Maintenant mère de sept (7) enfants dont trois filles, elle avait vu sa scolarité interrompue à l’âge de treize (13) ans quand elle a été donnée en mariage à son cousin. Un moment de sa vie que K. I a du mal à oublier. Depuis quelques années elle se bat au quotidien pour le droit à l’éducation de tous les enfants de son village natal, Fouroumi. Car, K.I croit dur comme fer que l’école est la meilleure alternative pour l’épanouissement, la réussite et le développement de chaque enfant. Au-delà de sa famille, elle se mobilise pour accompagner, soutenir et sensibiliser la communauté sur l’importance de la scolarisation, appelant les parents à laisser les enfants poursuivre leurs études. Grâce à son engagement et sa détermination, son village a aujourd’hui des jeunes filles diplômées dont une infirmière et une enseignante.

Les lignes qui suivent le combat de cette ancienne élève pour la cause des enfants notamment les jeunes filles.

K.I assise dans son foyer.

Fouroumi est un gros village de la commune rurale de Gouna dans le département de Mirriah dans la région de Zinder. L’école du village située à 15 km au Sud du Chef-lieu de ladite commune a été créée en 1987. À de Fouroumi comme dans la plupart des localités du pays, le système éducatif présente des disparités entre filles et garçons. Selon les données statistiques, plus de 50% des enfants de 7 à 16 ans sont en dehors de l’école, et le taux d’analphabétisme de la population âgée de 15 ans et plus est autour de 70%, un des plus élevés de la sous-région (PDES, 43). Le taux net de scolarisation au primaire est de 65% (61% pour les filles) et le taux d’achèvement de 73% en 2017 (Banque mondiale).

S’agissant des jeunes filles, en dehors des pesanteurs socioculturelles, d’autres facteurs dont la distance à parcourir, les moyens financiers des parents, le mariage précoce, les violences sexuelles et le risque des grossesses non désirées entravent leur scolarité.

Inscrite à l’école à l’âge de six (6) ans, K.I a suivi son parcours jusqu’à l’obtention de son Certificat de Fin d’étude du premier Degré (CFEPD) à l’âge douze (12) ans. C’est à partir de ce moment que sa vie a connu un bouleversement. Sereine, avec un regard frileux, K.I se souvient : « En principe je devrai aller au Collègue de Dogo pour poursuivre mes études en 6ème. Malheureusement, mes parents ont évoqué à notre Directeur certaines raisons dont le problème de tuteur et le manque de moyens financiers pour arrêter ma scolarité et me marier ». Cette dernière ajoute : « Un de mes enseignants, Saley Salissou était venu dire à mon père, qu’il va lui-même partir à Dogo trouver une famille d’accueil pour m’héberger. Mais hélas, mon grand-père a rétorqué qu’il était hors de question de laisser une fille de mon âge toute seule.  Mon sort a été ainsi scellé et avec la jeunesse, je ne savais pas que mon avenir a été brisé », rappelle-t-elle. « Après la récolte, j’ai été mariée à mon cousin avec d’autres filles de mon âge. Je ne pouvais pas fuir le village ou refuser le choix de mes parents au risque d’être maudite par la famille et rejetée par la société », confie K.I

Un combat pour les générations futures

« Éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation », a-t-on coutume de dire. Si elle n’a rien pu faire pour sa scolarité, la mère de sept enfants qu’est devenue K.I, ne baisse pas les bras. « J’ai compris que le mariage n’est pas si simple que ça. Je n’ai aucun revenu permanent et mon mari non plus. C’est pratiquement la survie au niveau de la famille surtout pour prendre en charge les besoins des enfants ». Au niveau du village, dès qu’il s’agit de mettre en place quelque chose, comme un comité, avec les associations et projets, K.I , la « certifiée », se met au devant,  parce qu’elle sait lire et écrire. « J’en ai conclu qu’il faut non seulement éduquer mes enfants et je saisis l’occasion de chaque réunion pour sensibiliser les femmes, surtout qu’après chaque récolte les hommes quittent le village pour l’exode. Ils nous laissent avec nos enfants », affirme K.I.

une vue des eleves filles dans une classe

Consciente du fait que l’éducation est à la base de tout développement et que l’école participe à l’émancipation de la jeune fille, K.I dit avec une certaine fierté : « Aujourd’hui, même si beaucoup reste à faire, le village a plusieurs filles qui poursuivent leurs études au collègue de Karayé. Mieux, nous avons des diplômées dont une enseignante et une infirmière». L’école est un moyen pour offrir une chance de réussite à chaque enfant notamment aux filles. « Je fais ce combat pas pour ces jeunes filles seulement mais pour la génération future. Dans les années prochaines, je ne souhaite pas voir une fille en train de souffrir ou de regretter son avenir », confie K.I. Mais elle ne perd pas de vue l’ampleur de la tâche. «Nous sommes dans une société où ce sont les hommes qui prennent les décisions. Pour que ce combat aboutisse, le soutien des hommes est indispensable », conclut-elle.

Pour renforcer le maintien des filles à l’école et réduire les stéréotypes et les perceptions négatives par rapport à l’éducation de la jeune fille, l’Etat a adopté une loi rendant l’école obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. Le gouvernement poursuit les efforts en faveur du secteur de l’éducation pour encourager la scolarisation. Dans ce sens, les actions de sensibilisation comme le combat inspirant de K.I pour le plein épanouissement des filles méritent d’être intensifiées afin de donner la chance à tous les enfants.

Oumarou Brah Souleymane

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