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Enquête

Prise d’otage d’Olivier Dubois au Mali: l’armée française a suivi le journaliste jusqu’à son enlèvement, le rôle trouble du fixeur

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Olivier Dubois a été libéré le 20 mars dernier, après deux années de captivité aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à al-Qaïda au Maghreb islamique. Il avait été enlevé à Gao, dans le nord du Mali, où il devait interviewer un chef jihadiste. Notre enquête révèle qu’au moment de son enlèvement, l’armée française suivait pas à pas ses préparatifs, à son insu, depuis plusieurs mois. Des témoignages mettent aussi en lumière le rôle trouble du « fixeur » du journaliste français et les conditions risquées de son reportage.

Enquête menée conjointement depuis plus d’un an et demi par RFI, TV5 Monde, Libération, et Le Monde. Ces révélations ont été retenues par nos médias jusqu’à la libération d’Olivier Dubois pour ne pas nuire à sa sécurité et aux négociations alors en cours.

Ce 8 avril 2021, Olivier Dubois avait rendez-vous avec un chef jihadiste du Jnim, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, lié à al-Qaïda. Ce rendez-vous, le journaliste français indépendant, installé au Mali depuis 2015 pour le compte de plusieurs médias, l’avait minutieusement préparé. Dans les plus petits détails et dans la plus grande discrétion. Mais il ignorait que son secret… n’était pas un secret.

« C’est quoi la rue qu’ils t’ont demandé de prendre pour déposer Olivier Dubois ? » Cette question, c’est un lieutenant de la force française Barkhane, alors présente au Mali – elle a quitté le pays en août dernier –, qui la pose au fixeur d’Olivier Dubois, le jour même de son enlèvement. Une question parmi d’autres, nombreuses, posées dans un message vocal que nos médias ont pu écouter. Kader (son nom a été modifié), le fixeur, ce contact local qui aide Olivier Dubois à organiser son reportage, est un Touareg malien installé à Talataye, région de Gao, dans le nord du Mali. Surtout, il collabore régulièrement avec le Jnim, pour des activités non guerrières. À Olivier Dubois, aux militaires français et à nos médias, Kader assure que c’est sous la contrainte et pour protéger sa vie et celle de sa famille qu’il a dû accepter de rendre certains services au Jnim. Pour préserver son anonymat et sa sécurité, nos médias ont choisi de ne pas donner davantage de précisions sur ces services. Olivier Dubois, qui avait découvert Kader quelques années auparavant sur les réseaux sociaux, et avec qui il avait déjà travaillé sur plusieurs reportages, en avait fait l’une de ses sources les plus précieuses. Entre Kader et Olivier Dubois, une relation de grande confiance s’est ainsi progressivement instaurée.

Indicateur de l’armée

Mais Kader n’est pas seulement une source pour le journaliste. Il est également un indicateur de l’armée française. Selon les auditions de plusieurs militaires – dont de très hauts gradés – réalisées dans le cadre de l’enquête ouverte à Paris par le Parquet national antiterroriste après l’enlèvement d’Olivier Dubois, et que nos médias ont pu consulter, Kader « travaillait comme informateur » pour la force Barkhane « depuis fin décembre 2019 » : « Il nous donnait accès à une zone clef, car il vivait à Talataye », raconte un officier, qui explique attendre de lui des renseignements sur « les habitudes de vie » de l’« émir de Talataye ».

L’émir de Talataye, Abdallah Ag Albakaye, c’est précisément le chef jihadiste qu’Olivier Dubois souhaite interviewer. « Kader avait été recruté pratiquement exclusivement pour la localisation, voire la capture d’Abdallah Ag Albakaye », précise l’un des militaires auditionnés. Pour atteindre cet objectif, la force française fournit à Kader un téléphone satellitaire et le rémunère. « Cet argent était pour les informations qu’il donnait, pour les frais de déplacement, les forfaits téléphoniques et aussi pour des médicaments pour sa famille », détaille un militaire, qui ajoute qu’outre ces « compensations », une somme d’argent était prévue, depuis le début de la collaboration de Kader et de la force française, en cas d’arrestation du chef jihadiste : « Je lui ai expliqué une nouvelle fois que de l’argent pouvait être donné seulement en lien avec le résultat, explique clairement son officier traitant, à savoir l’arrestation ou la neutralisation d’Abdallah Ag Albakaye. »

Une lettre, de l’argent et un boubou

Fin 2020, Olivier Dubois demande à Kader de l’aider à interviewer Abdallah Ag Albakaye. Le journaliste sait que Kader a déjà fourni à plusieurs reprises des renseignements à l’armée française par le passé, mais il n’imagine pas que son projet d’interview puisse être éventé. Au fil des ans, leur relation s’est transformée en amitié. Olivier Dubois a confiance en son fixeur.

Kader informe pourtant la force Barkhane immédiatement. Olivier Dubois, lui, ne se doute de rien. À compter de cette date, les militaires français suivent pas à pas les préparatifs du journaliste, à son insu, grâce aux rapports réguliers de Kader. C’est lui qui est chargé par Olivier Dubois de contacter le chef jihadiste. C’est encore lui qui présente au journaliste une lettre d’invitation « officielle » signée par Abdallah Ag Albakaye lui-même, et censée garantir sa sécurité. Une lettre que Kader a également transmise à la force Barkhane. « Il nous a remis les garanties de sécurité rédigées en langue arabe, détaille l’officier traitant de Kader, que nous avons fait traduire pour lui […] afin qu’il puisse les remettre à Olivier Dubois. » Sur la foi de ce document, le journaliste s’engagera plus avant dans son projet.

Mais Olivier Dubois n’arrive pas à convaincre les rédactions pour lesquelles il travaille de financer sa mission. Le journal Libération la trouve trop dangereuse et refuse sa proposition de reportage. Olivier Dubois expose alors ses difficultés financières à Kader. Quelques semaines plus tard, Kader revient vers le journaliste avec l’argent destiné à payer son billet d’avion, sa chambre d’hôtel et même « un grand boubou en bazin et un turban » dans la perspective de la rencontre. Kader explique que c’est le chef jihadiste Abdallah Ag Albakaye lui-même qui a accepté de financer le projet du journaliste. Tous ces éléments sont scrupuleusement et secrètement transmis à la force Barkhane par le fixeur/indicateur.

Collecte de renseignements

À l’époque, la ville de Gao – dans laquelle Olivier Dubois sera enlevé – abrite le plus important camp militaire français au Mali, avec, à cette période, plus de 2 000 hommes. Parmi eux, le groupement de renseignement en lien avec le fixeur. « Le but de notre mission était de localiser le nommé Albaka (sic) et de pouvoir le suivre jusqu’à sa zone refuge », explique l’officier traitant de Kader à la justice française.

Lui et les autres militaires auditionnés assurent unanimement que leur seul objectif était de collecter du renseignement, et non d’organiser une opération pour arrêter ou tuer le chef jihadiste qu’Olivier Dubois devait rencontrer. Plus précisément : une telle opération a bien été envisagée, mais finalement exclue après une réunion tenue le 23 mars 2021, à laquelle ont participé des très hauts gradés au Mali mais également à Ndjamena, au Tchad, où se trouve le commandement de la force Barkhane. Dans le cadre de l’enquête judiciaire française, les militaires auditionnés expliquent les raisons de cette décision : « Le but de notre groupement est la collecte de renseignements », « Barkhane n’était pas dimensionnée pour ce genre de dossier », « il n’y a jamais eu d’opération validée à mon niveau », affirment de manière unanime les différents militaires interrogés. Le plus haut gradé est formel : « Je n’ai donné aucun ordre pour mener aucune action autour de la rencontre, parce que c’était trop dangereux. »

De son côté, Kader le fixeur se dit convaincu, de par les échanges qu’il a eus avec son officier traitant, qu’une opération devant mener à l’interpellation ou à la neutralisation du chef jihadiste est bien prévue. Mais le déroulement des faits, le jour de l’enlèvement, le fait douter.

« La partie opération est gérée par d’autres, j’espère autant que toi qu’il sera arrêté », répond alors l’officier traitant à une question inquiète de Kader. Confronté à une capture d’écran lors de son audition, le militaire affirmera que ce message n’était fondé sur aucun projet concret, et qu’il était simplement destiné à rassurer son interlocuteur pour l’inciter à continuer de transmettre ses informations.

Après l’enlèvement, la direction des armées lance une enquête interne, dont les conclusions sont rendues tout juste un mois plus tard, le 7 mai 2021, puis le 24 septembre 2021 pour le rapport complémentaire détaillé. Classés « secret défense », puis déclassifiés pour les besoins de l’enquête judiciaire, nos médias ont pu consulter ces documents, dans lesquels l’inspecteur explique par un dysfonctionnement interne la poursuite de la collecte de renseignements autour d’Olivier Dubois, malgré la décision prise le 23 mars de ne pas mener d’opération : « Jamais l’intention et l’ordre correspondant qui auraient dû être formalisés par le PCIAT [le poste de commandement de Barkhane à Ndjamena, NDLR] ne l’ont été. » Selon les conclusions de cette enquête interne, le groupement de renseignements de Barkhane aurait ainsi « planifié – et commencé à conduire – une opération de manière totalement autonome. »

Changement de véhicule

Ainsi, le 8 avril 2021, jour programmé pour l’interview qui n’aura pas lieu, la force Barkhane suit « presque en temps réel », selon l’expression d’un militaire auditionné, les déplacements de Kader et d’Olivier Dubois grâce à une application de géolocalisation installée sur le téléphone du fixeur. Mais Kader, contrairement au plan initial, ne participera pas à la rencontre. Il doit laisser Olivier Dubois embarquer à bord d’une autre voiture, sans lui. Un changement que Kader apprend quelques heures avant le rendez-vous, et dont il informe – séparément – Olivier Dubois et la force Barkhane.

« Qui va faire traducteur pendant la réunion si toi tu n’es pas autorisé à y participer ? » « Tu m’as dit qu’à 14h tu allais partir avec lui jusqu’à un certain point et qu’ensuite ils allaient le récupérer en voiture. Est-ce que tu sais à quel endroit vous allez faire l’échange avec Olivier Dubois ? » « Tu penses à supprimer nos messages pour ta sécurité ? » Ces questions figurent parmi les nombreux enregistrements et captures d’écran attestant des échanges précis et réguliers entre Kader et son officier traitant, jusqu’au moment de l’enlèvement. Les militaires de Barkhane expliquent en revanche avoir perdu le fil des événements à l’instant où Olivier Dubois a changé de véhicule.

Vers 15 heures, Olivier Dubois embarque donc à bord d’une voiture « couleur sable », avec à son bord quatre hommes en turban et sans armes apparentes, selon le récit de Kader. Une fois ce changement de voiture effectué, « il n’y avait aucun moyen technique pour le suivre, Barkhane était renseigné seulement par Kader », assure l’un des hauts gradés auditionnés, qui précise qu’« aucune instruction » n’avait été donnée pour suivre physiquement le journaliste. Ainsi, les militaires français expliquent n’avoir jamais assisté à l’enlèvement d’Olivier Dubois, mais en avoir progressivement et simplement fait le constat, en ne voyant pas revenir le journaliste. « Au bout de 48 heures, je me dis qu’il faut envisager le cas d’une prise d’otage », déclare un très haut gradé de la force Barkhane.

« Pourquoi ne pas lui avoir dit de tout arrêter »

Les militaires français confient à la justice avoir eu, au fil des semaines, de plus en plus de signaux sur la possibilité d’un guet-apens. « Tous les éléments nous faisaient penser qu’il y avait un réel risque pour Olivier Dubois », se souvient un lieutenant. « Alors que vous possédez des éléments plutôt probants sur un possible enlèvement d’un citoyen français, l’interroge un enquêteur français, pourquoi ne pas lui avoir dit de tout arrêter » Réponse du lieutenant : « Premièrement, car je n’en ai pas reçu l’ordre. » Le plus haut gradé des militaires interrogés explique, quant à lui, ne pas avoir directement tenté de dissuader le journaliste, car ce n’est pas le rôle de l’armée, mais avoir demandé aux services diplomatiques de s’en charger, comme il est d’usage.

La veille de son départ, c’est pourtant Olivier Dubois qui informe, de sa propre initiative, par message, un conseiller de l’ambassade de France de son déplacement à Gao – sans révéler son véritable objectif. Il est alors mis en garde contre les risques liés à un tel déplacement. Interrogé par nos médias deux jours après l’enlèvement, ce conseiller affirme que c’est « à [sa] demande » qu’une « lettre rouge » a été envoyée au journaliste par le Quai d’Orsay le lendemain, jour de son départ et de son enlèvement, pour lui déconseiller de partir. Cette lettre, effectivement datée du 8 avril, est signée par la directrice de communication du ministère des Affaires étrangères de l’époque et envoyée par mail à Olivier Dubois. Son contenu est des plus classiques, et les journalistes habitués aux terrains difficiles sont nombreux à avoir reçu le même, avec les mêmes formules : « La zone dans laquelle vous prévoyez de vous rendre est formellement déconseillée aux voyageurs pour des motifs détaillés sur notre site. » Suit un lien vers la page « Mali » du site du ministère et une demande de « reconsidérer le projet de déplacement. » Olivier Dubois, qui a déjà embarqué dans l’avion qui l’emmène à Gao, n’aura pas connaissance de ce mail.

Pas de « manœuvre d’entrave »

Dans les conclusions de son enquête interne, l’inspecteur des armées estime que « le suivi et l’analyse progressive des risques […] ont permis d’alerter à temps le journaliste via l’ambassade. » « Il est difficile de reprocher à Barkhane de ne pas avoir empêché le déplacement d’un journaliste indépendant », pose l’inspecteur des armées, qui explique également que le commandant de la force Barkhane avait ultimement – le 7 avril au soir, la veille du rendez-vous prévu – suggéré à l’ambassade de France au Mali une action « en s’appuyant éventuellement sur les services maliens » pour empêcher le rendez-vous. « Cette alerte ne donnera pas lieu à la concrétisation d’une manœuvre d’entrave », constate l’inspecteur des armées, sans expliquer pourquoi.

Enfin, concernant Kader, l’inspecteur précise que « l’enquête ne permet pas d’écarter un traitement concomitant par d’autres acteurs » que le groupement de renseignement de la force Barkhane. En clair, Kader pourrait avoir été l’indicateur, en parallèle, d’autres États, par exemple le Mali, l’Algérie ou les États-Unis – il ne s’agit que d’exemples, rien n’indiquant l’implication de ces États –, ou des services de renseignement français non intégrés à Barkhane.

Le rôle du fixeur

Après l’enlèvement d’Olivier Dubois, la force Barkhane a interrogé Kader à Gao pendant plusieurs jours, sans l’interpeler. C’est la police malienne qui s’en est chargée. Aujourd’hui, Kader est officiellement inculpé au Mali pour « association de malfaiteurs terroriste » et « acte de terroriste (sic) ». En liberté conditionnelle depuis plusieurs mois, il estime avoir été « trahi » et « abandonné » par l’armée française. Au cours de ses différentes auditions et dans ses échanges avec nos médias, Kader s’est, à de nombreuses reprises, dédit pour changer de version sur certains points.

La loyauté de Kader allait-elle davantage au Jnim qu’à l’armée française ? A-t-il su manipuler, ou s’est-il lui-même fait manipuler par les uns et les autres ?

Du côté des militaires français, c’est bien la fiabilité de Kader qui est mise en doute. « Je pense qu’il faut se méfier d’une source qui vous amène sur un plateau d’argent un chef jihadiste », déclare lors de son audition le plus haut gradé des soldats interrogés, induisant un double jeu du fixeur. « Je pense qu’il s’est servi d’Olivier Dubois », juge un autre. Des propos tenus après l’enlèvement du journaliste, et après que les militaires français ont largement eu recours aux services de Kader. « La duplicité de cette source apparaît progressivement », selon l’enquête interne de l’inspection des armées, qui cite pour preuve les liens de Kader avec la sphère jihadiste. Des liens qui étaient pourtant parfaitement connus, et qui constituaient même l’intérêt initial de cet indicateur de Barkhane.

« Manque de lucidité »

L’inspecteur des armées conclut ainsi que « les procédures de renseignement et de ciblage ont été respectées » et rappelle la « décision de commandement de ne pas valider un projet d’opération », « les risques pesant sur le journaliste ayant en permanence été pris en compte. » Le rapport admet « un manque de lucidité », la « sensibilité du sujet » n’ayant pas été « prise en compte à un niveau suffisant », mais cette « absence de vigilance est compréhensible au sein d’un état-major concentré sur les opérations majeures », justifie l’inspecteur, qui retient surtout « la responsabilité première d’Olivier Dubois », qualifié de « trompe-la-mort ».

Le chef jihadiste Abdallah Ag Albakaye a-t-il adressé au journaliste une fausse invitation, pour lui tendre un piège et capturer un otage français ? Quelques jours avant la libération d’Olivier Dubois, l’émir d’Aqmi (al-Qaïda au Maghreb islamique), Abou Obeida Youssef al-Annabi, a démenti auprès de France 24 l’existence de toute invitation, affirmant que le jihadiste Abdallah Ag Albakaye n’avait « pas attiré » le journaliste et qu’il n’avait même « rien à voir » avec son enlèvement. Des propos accompagnés de cette allusion, dont il est impossible de mesurer la véracité : « Les services français savent. »

Sollicité par nos médias, Olivier Dubois a préféré ne pas commenter ces informations à ce stade.

Le ministère des Armées n’a pas souhaité répondre à nos questions mais indique « se réjouir » de la libération d’Olivier Dubois et « coopérer pleinement avec la justice. » Le ministère des Affaires étrangères n’a pas répondu à nos sollicitations.

Source: RFI

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Enquête

Lac de Guidimouni : un écosystème en péril sous la menace du changement climatique

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Près de 100.000 habitants dépendent des eaux du Lac de Guidimouni, dans la région de Zinder. Mais aujourd’hui, ce réservoir de vie est en train de s’épuiser. Résultat, pertes de revenus des producteurs, insécurité alimentaire croissante et exode des jeunes vers le Nigeria et/ou la Libye. Derrière ce constat alarmant se cache une catastrophe écologique silencieuse, qui menace de faire disparaître à la fois un écosystème et tout un mode de vie.

Vue partielle du Lac de Guidimouni / Ph : M. ALI

Un site stratégique entre maraîchage et survie communautaire

Situé dans le département de Damagaram-Takaya, région de Zinder, le Lac de Guidimouni ou plutôt les mares de Guidimouni, comme les appellent certains chercheurs, regroupe deux plans d’eau essentiels à la vie socio-économique locale. La proximité du Lac avec les habitations a permis, depuis des décennies, la pratique du maraîchage, de la pêche et de l’élevage. D’après les chiffres de l’INS, la commune de Guidimouni compte en 2022, environ 99.774 habitants pour une superficie de 1.123 km². Ces populations, sédentaires ou nomades, dépendent fortement de ces mares pour leurs besoins quotidiens en eau et leurs activités économiques.

Localisation de la cuvette de Guidimouni et de son bassin versant à l’échelle de la commune. (BADAMASSI MALAM ABDOU Moutari, 2023, Dynamique actuelle de la cuvette de Guidimouni et ses conséquences socio-environnementales, Master de Géographie, Département de Géographie, Université André Salifou (Zinder), 77 pages)

Pour Maman Bachir Moudi, Chef du Service communal de l’environnement et de la lutte contre la désertification à Guidimouni, le phénomène d’ensablement du lac a fortement impacté les revenus des producteurs agricoles. « Les terres arables sont progressivement perdues, envahies par le sable charrié et entraîné dans le bassin. Un producteur qui gagnait autrefois entre 700.000 et 800.000 FCFA ne perçoit aujourd’hui plus que 300.000 FCFA », explique-t-il.

Mallam Moudaha est producteur maraîcher et pêcheur, habitant de la rive droite du Lac de Guidimouni et natif de la localité. D’après lui, le Lac représentait la principale source de revenus pour les populations de Guidimouni. «  Sur ce lac, nous pratiquions le maraîchage et la pêche, qui occupaient une place centrale dans la vie de notre communauté. La pêche, notamment, était une activité très répandue chez les jeunes. Aujourd’hui, la situation s’est fortement dégradée. L’avancée du désert a rendu les terres autour du lac impropres à l’agriculture ».

Avec l’augmentation rapide de la population, les terres cultivables se font de plus en plus rares. « Autrefois, les familles étaient moins nombreuses et les cultures leur suffisaient à subvenir à leurs besoins. Aujourd’hui, certaines familles ne parviennent même plus à vivre trois mois avec les récoltes agricoles », fait observer Mallam Moudaha. Comme si cela ne suffisait pas, l’avancée du désert empêche toute culture de contre-saison. Ces cultures étaient pourtant essentielles pour compléter les récoltes agricoles et maintenir un certain équilibre dans leurs moyens de subsistance.

Formation végétale de la cuvette / Cliché. Badamassi Malam Abdou Moutari

« Ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui, ce sont les activités économiques. Autrefois, les familles tiraient d’importants revenus de la revente et de la transformation des produits maraîchers jusqu’à 600.000 FCFA par producteur et par saison. Mais à présent, ce sont des milliers de dattiers, de goyaviers, de papayers et de citronniers qui disparaissent peu à peu, victimes d’un phénomène climatique que nous ne comprenons toujours pas, ce qui réduit nos revenus », déplore Baba Dan Kako, producteur maraîcher et pêcheur, natif du village Killaloun situé à la rive gauche du Lac Guidimouni.

Images des dattiers et de citronniers autour du Lac de Guidimouni autrefois / Crédit Photo : https://visit-niger.com/listing/le-lac-de-guidimouni-zinder-niger

Toujours selon Baba Dan Kako, beaucoup de jeunes, de 18 à 35 ans, n’ont eu d’autre choix que de partir. Ils s’exilent vers le Nigeria et la Libye à la recherche d’activités génératrices de revenus, pour pouvoir envoyer un peu d’argent à leurs familles restées au village. Leurs parents vivent aujourd’hui dans une grande précarité alimentaire. « Cette situation ne peut pas durer. Si rien n’est fait, si aucune solution durable n’est trouvée, nous serons tous, un jour ou l’autre, contraints de quitter cette terre que nous aimons, emportés par cette catastrophe écologique et climatique », explique-t-il.

Le 21 octobre 2025, nous retrouvons Moussa Souley dans une petite ville du nord du Nigeria, où il vend désormais du café au bord d’une route poussiéreuse. À 28 ans, ce jeune originaire de Guidimouni n’aurait jamais imaginé quitter son village et son lac. « Là-bas, je vivais de mon jardin et d’un petit champ près du lac », raconte-t-il. Grâce aux cultures maraîchères et à la saison agricole, Moussa gagnait en moyenne 300.000 FCFA par récolte, de quoi subvenir modestement à ses besoins et soutenir sa famille.

Mais ces cinq dernières années, tout a basculé. « La terre s’est asséchée, l’eau a reculé, et les récoltes ont disparu », confie-t-il, le regard perdu. Les variations climatiques autour du lac Guidimouni – baisse du niveau d’eau, sols appauvris, vents violents et manque de pluie – ont réduit son exploitation à néant. « Nous avons essayé de tenir, mais chaque saison était pire que la précédente. On n’avait plus rien », ajoute Moussa Souley.

Face à l’impossibilité de vivre de son travail, Moussa a fini par partir, laissant derrière lui sa famille et ses terres. Comme beaucoup de jeunes de la zone, il a pris la route vers le Nigeria dans l’espoir de trouver un revenu et de reconstruire sa vie. « Je ne suis pas parti parce que je voulais. Je suis parti parce que la nature nous a chassés », dit-il avec amertume.

Des transformations écologiques alarmantes

Depuis 2017, « les deux plans d’eau sont devenus permanents, conséquence directe des bouleversements climatiques », explique Maman Bachir Moudi, Chef du Service communal de l’environnement. « Leur configuration évolue rapidement, modifiant les équilibres naturels et économiques, poursuit-il. Le site fait désormais face à une série de menaces environnementales : érosion éolienne et hydrique, remontée des températures, inondations répétées, perte de biodiversité ».

Vue des pêcheurs en activité sur le  Lac de Guidimouni / Ph : M. ALI

Selon Maman Bachir Moudi, l’autre problème majeur consiste en l’envahissement d’une large partie de la surface du lac par une plante aquatique invasive, Typha australis, appelée localement « Katchalla ». Cette prolifération affecte directement la communauté de pêcheurs, qui compte plus d’une centaine d’acteurs à Guidimouni et dans les villages voisins tels que Koussa et Goui-Goui. Sous l’effet du vent, le Typha déplace facilement les filets de pêche, entraînant la perte des engins et du matériel, ce qui fragilise davantage ces populations dépendantes de cette activité.

Vue du Typha australis dans le Lac de Guidimouni / Ph : M. ALI

La déforestation autour du lac Guidimouni accentue la vulnérabilité de l’écosystème face aux effets du changement climatique. Selon le Coordonnateur du projet de Régénération Naturelle Assistée (RNA) dans le Bassin du Lac Tchad, M. Souleymane Amadou, les pratiques de gestion durable des ressources naturelles restent encore limitées, alors même que la RNA constitue une solution simple, peu coûteuse et efficace pour restaurer la couverture végétale et stabiliser les sols.

Avec l’appui du Projet de Conservation du Bassin du Lac Tchad (PCBLT), 30 paysans pilotes issus des 9 villages autour du lac ont été formés et accompagnés dans l’adoption de cette technique, permettant de favoriser la repousse naturelle des arbres, protéger les berges et renforcer progressivement la résilience des communautés riveraines. « Restaurer la végétation, c’est protéger le lac et l’avenir des populations qui en vivent », souligne le Coordonnateur.

Vue des Palmiers Doumiers dans le Lac de Guidimouni / Ph : M. Ali

Quelles solutions pour atténuer les effets ?

Selon le Chef du Service des Eaux et Forêts en poste à Guidimouni, Maman Bachir Moudi, des actions urgentes et coordonnées sont nécessaires pour sauvegarder le lac et renforcer la résilience des populations. Parmi les solutions envisagées, la restauration du couvert végétal autour du lac et sur les bassins versants figure en tête des priorités. La mise en place de diguettes, cordons pierreux et plantations d’espèces locales vise à réduire l’érosion des sols, améliorer l’infiltration des eaux de pluie et freiner l’ensablement.

Maman Bachir Moudi encourage aussi le développement de pratiques agroécologiques et agroforestières, permettant aux riverains de diversifier leurs sources de revenus tout en réduisant la pression sur le lac. Des activités alternatives comme l’apiculture, le maraîchage maîtrisé ou l’écotourisme peuvent offrir de nouvelles perspectives économiques.

Un pêcheur ayant pêché un gros poisson sur les abords du Lac de Guidimouni / Ph : M. ALI

Le Lac de Guidimouni, longtemps source de vie, est aujourd’hui au cœur d’un drame écologique silencieux. Sans une action concertée, urgente et durable, c’est tout un écosystème et une population qui risquent de disparaître. Ce cas emblématique illustre les défis immenses que pose le changement climatique en milieu sahélien.

Enquête réalisée par Mounkaila ALI avec le soutien de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (CENOZO) dans le cadre du Programme Sahel.

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Enquête

Migration des femmes africaines d’Agadez vers l’Europe : L’espoir d’une vie paisible brisé en fantasme !

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Vaste pays de l’Afrique de l’Ouest, le Niger couvre une superficie de 1.267. 000 km2 dont 2/3 est désertique. Ces dernières années, la question de la migration notamment irrégulière est l’un des défis auxquels le pays est confronté. En effet, le Niger est à la fois un pays d’origine, de transit et de destination de la migration. Le pays partage 5.697 kilomètres de frontières avec ses six voisins dont l’Algérie et la Libye, le plaçant ainsi au centre des mouvements migratoires de l’Afrique surtout de l’ouest et du centre.

photo Dr (une vue des migrants abandonnés dans le désert)

La région d’Agadez située dans le Nord Sud du pays est la capitale cosmopolite où tout candidat à la migration est obligé de séjourner. Selon les données publiées par l’organisation internationale pour les migrations (OIM), entre 2016 et janvier 2025, le Niger a enregistré un nombre total des migrants (entrant et sortant) de l’ordre de 7. 683. 863 personnes. Pour la seule période de janvier 2025, 160.989 migrants sont sortis du pays tandis que 115.175 migrants sont rentrés.

Cependant, au cours de leur aventure souvent périlleuse, les candidats à la migration sont confrontés à d’énormes obstacles. Entre abandon dans le désert du Sahara, torture et humiliation par les passeurs, beaucoup sont arrêtés, emprisonnés dans les centres de rétention en Algérie ou en Lybie avant d’être expulsés dans le désert à la frontière avec le Niger. Parmi eux, on trouve des femmes, des filles et des enfants mineurs nigériennes et aussi des autres nationalités africaines. Ces migrantes subissent d’énormes difficultés comme les violences sexuelles et basées sur le genre, les abus et exploitation et la traite des personnes. Pourtant, la protection des droits humains surtout des migrantes doit être une préoccupation pour les Etats. 

Si certains migrants ont fui la pauvreté ambiante, le chômage pour chercher une vie meilleure et une opportunité d’emploi notamment en Europe, d’autres pourtant quittent leurs pays d’origine à cause des conflits et des instabilités politiques. Dans la plupart de cas, les récits de ces migrants notamment les femmes, les filles et les mineurs ne sont toujours pas racontés et ou déformés de leurs réalités. D’où la nécessité de donner la parole à ces braves femmes qui bataillent pour mener une vie paisible.

Malgré les périls : L’idéal c’est l’arrivée à destination !

Agadez, la capitale de l’Aïr est une veille ville historique où depuis des années, les migrants, les réfugiés et même les demandeurs d’asile en transit soit en partance pour l’Europe, soit au retour après leur refoulement cohabitent ensemble avec la population locale. Issus de plusieurs nationalités, chaque femme migrante à son propre vécu. Si certaines connaissent les risques et se sont préparées et déterminer à rejoindre l’Europe via la Lybie ou l’Algérie au prix de leurs vies, d’autres en revanche se sont inspirés des histoires des succès racontées des autres migrantes surtout les investissements réalisés au pays d’origine pour entreprendre le voyage.

Photo Dr ( migrants secourus par les fds)

Rencontré dans un ghetto, une maison où la plupart des migrants en transit séjournent avec la bénédiction des passeurs, Amélia est une femme d’origine ghanéenne. A peine la trentaine révolue, elle a quitté son pays d’origine, traversant les frontières terrestres des autres pays jusqu’à Agadez au Niger. Les multiples procédures en cours de route ne l’ont pas découragé de poursuivre son rêve : « J’ai longtemps rêvé d’aller vivre en Europe pour tenter ma chance. Je connais beaucoup de ghanéens qui ont réussi dans la migration. Pourquoi dois-je m’empêcher alors que tout est possible dans la vie. Il faut simplement avoir un objectif et se donner tous les moyens de l’atteindre. Déjà en cours de route, j’ai suivi pas mal de problèmes surtout les raquettes ». A la question de savoir si elle est au courant du calvaire et autres altercations au cours du voyage surtout dans les pays magrébins, Amélia répond : « certes, il y a des soucis partout et le plus souvent ce sont ces problèmes au quotidien qui poussent beaucoup des africains à quitter et à s’aventurer dans la migration. Tout de même, certains arrivent à traverser et à réussir en Europe ».

Tout comme Amélia, Gloria est une jeune fille nigériane qui attend le convoi pour le voyage. « Je n’ai aucune idée de la route. Ce sont mes contacts qui m’ont mise en relation avec les passeurs d’Agadez. Ils sont censés m’amené en terre algérienne et pour le moment j’attends. ». Pour son premier voyager sur l’Algérie, elle fonde beaucoup espoir : « C’est vraiment un rêve. Avant le covid 19, on avait planifié de partir mais la pandémie a chamboulé notre programme. Depuis 2023, avec la reprise des activités sans risque des passeurs, mes contacts m’ont encouragé à les rejoindre. Ça fait dix jours que je suis à Agadez et espère qu’on va bientôt partir ». Es-tu au courant que lors du voyage ou sur place en Algérie, les femmes subissent des violences y compris sexuelles ? Elle me répond : « Celui qui décide d’entreprendre ce genre d’aventure doit s’attendre à tout y compris la mort. Pour moi, ce voyage ne se prépare pas en un seul jour. Il peut y avoir des difficultés mais l’essentiel c’est aller à destination ».

Si les rêves de Amélia et Gloria, c’est d’aller jusqu’en Europe, l’aventure de la nigérienne Aichatou Issa s’arrête en Algérie : « Nous partons en Algérie pratiquer la mendicité, si vous partez avec des enfants, vous avez la chance de gagner beaucoup d’argent parce que les arabes donnent de l’aumône ». Savez-vous que le voyage est risqué et que vous pouvez perdre votre vie ? « Beaucoup ont perdu la vie dans le désert et même sur place en Algérie. Mais bon, il faut trouver le moyen de vivre. Malgré les difficultés, beaucoup de mes connaissances se sont réalisés dans les zones de Tahoua et Zinder. A chacun son destin et sa chance ». Comment le fonds sont mobilisés ? Aichatou réplique : « tout dépend de la personne. Certaines sont soutenues au niveau de la famille, d’autres vendent leurs biens, et il y a celles qui exercent des petites activités y compris la mendicité à Arlit ou à Agadez pour mobiliser l’argent ».

Vivre dans l’humiliation : le quotidien des migrants en Lybie et en Algérie !

En Algérie comme en Lybie, les migrants africains sont exposés à toute humiliation. S.Htémoigne que :« les femmes travaillent dans des maisons en tant qu’aide-ménagère ou garde enfant. Comme vous êtes à leurs services et qu’ils sont les maitres, beaucoup abusent parce que vous n’avez pas le droit de parler ou disons de contester quoi que ça soit. En dehors de la violence psychologique, le plus souvent, les femmes sont forcées sexuellement ». Une pratique abusive dénoncée par le président de l’ONG JMED Hamidou Nanou Nabara « ces pays maghrébins malgré un certain nombre d’engagements internationaux et même l’adoption de la convention relative aux droits des migrants, sur le terrain, on se rend compte qu’ils ne respectent pas du tout les engagements et font des migrants des objets de manipulation pour leurs partenaires ».

Photo Dr ( migrants assistés par les agents de l’ONG Karkara)

Pire, les femmes, les filles et les mineurs ne sont pas épargnés dans les violences. A.I en est une victime de ces transgressions « En Lybie, il n’y a aucun respect de l’être humain. Torture, abus sexuels, vols…le plus grand risque est que lors de votre détention, ils prennent tous vos biens et puis ils vous forcent à appeler la famille afin de pays la rançon. Beaucoup sont victimes de rançonnage ».

Pour Abdoul Aziz Chégou, responsable de la JNSDD Aikin Kasa, Coordonnateur de Alarme Phone Sahara, la plupart sont arrêtés lors des enlèvements sur le terrain ou leurs lieux de travail : « A l’issue de rafles, les économies sont arrachées en même temps que les objets de valeur tels que des vêtements, des appareils électroniques, des articles de valeur, etc. pour le seul fait d’avoir mis pieds dans un territoire dont la personne n’est pas originaire. Ces genres de traitement à la limite trop subjectifs sont à n’en point douter contraires aux principes de respect de droits humains contenus dans des instruments juridiques de portées nationale, sous régionale et même mondiale. Cela donne la sensation de chair de poule à toute personne dotée de bon sens et renvoie à des souvenirs amers remontant à des époques à jamais révolues ». Pour lui de tout temps, l’être humain a voyagé et cela ne doit pas être une contrainte : « Il suffit juste de parcourir des documents d’histoire pour se rendre compte qu’il y a quelques décennies de cela le plus gros des mouvements d’êtres humains se faisaient des autres continents vers l’Afrique ou de la partie septentrionale du continent africain vers le sud. Aujourd’hui, il est aberrant que ce soit une population composée majoritairement de jeunes, d’adolescents et d’enfants qui subissent le poids du racisme et de la maltraitance sous diverses formes comme si les autochtones de ces pays ne voyagent pas au-delà de leurs frontières nationales. Quoi que l’on dise, le déplacement de l’être humain sur la terre date de millions d’années. L’Homme a depuis son apparition sur terre eu les faveurs de se mouvoir par l’usage de ses membres dont il a été doté, à dos d’animaux ou grâce au progrès techniques et technologiques que ce soit sur terre, en mer ou dans l’espace. Quel qu’en soit le reproche que l’on puisse faire à un être humain, la violation de ses droits doit être bannie ».  

Le refoulement des migrants brise l’aventure des migrants !

Malgré l’accord bilatéral entre le Niger et certains pays comme l’Algérie, ce pays continu de refouler les migrants ouest africains vers la frontière avec le Niger. « Dans ma vie, je n’ai jamais pensé qu’un être humain peut maltraiter son prochain de la façon dont nous avons été malmenés. Imaginez, en dehors des violences psychiques, nous avons été abandonnés comme de mal propre en plein désert, sans eau ni nourriture » a affirmé S.A

Ce témoigne ne surprend guère, le responsable de l’ONG Alarme Phone Sahara, qui en 2024, a recensé un nombre record des migrants expulsés d’Algérie vers le Niger. Ce nombre dépasse de loin toutes les statistiques des années précédentes. « Les assistances que nous faisons aux refoulés sont diverses et varient selon les besoins réels que nous constatons sur le terrain à Assamaka, à Arlit, à Agadez et à Niamey. Les mêmes personnes peuvent être assistées sur plus d’un besoin à la fois. Nous pouvons sensibiliser ou conseiller ou même offrir de l’aide sous forme de transport, de référencement ou de fois de rations alimentaires ou faciliter la communication entre elles et leurs proches. A travers cette multitude d’activités, nous pouvons dire que nous avons touché plus de 31.000 personnes de janvier à décembre 2024 comme nous l’avons publié dans notre rapport de fin d’année 2024 » a indiqué Abdoul Aziz Chegou Coordonnateur de Alarme Phone Sahara.

Photo Dr ( case de passage offert par l’OIM aux migrants à Bilma)

L’organisation internationale pour les migrations a aussi mis en place un système d’assistance aux migrants. Selon les données consultées dans son bulletin mensuel « Infosheet- Niger, janvier 2025 », l’organisation a fourni une assistance directe aux migrants en transit dans les sept centres.

Sur la période de 2016 à janvier 2025, on peut retenir :

AnnéeNombre
20166248
20179099
201820 056
201918 534
202010059
202112 137
202217 145
202315 067
202415 781
2025477

Ces organisations travaillent au quotidien avec les services de l’état civil et de la migration pour assister secours à ces migrants en détresse. Cependant, l’expulsion et la maltraitance ne désamorcent pas certaines : « Mon rêve est écourté mais je reste convaincue que mon jour viendra. Pour le moment, je n’ai aucune intention de retourner au pays. Je reste travailler soit à Agadez ou dans une autre localité du Niger pour mobiliser le fonds nécessaire » affirme Emmanuella.

Ce genre d’engagement et de détermination amène le coordonnateur de Alarme Phone Sahara à s’interroger sur les raisons de cette aventure « « Je profite pour demander à tous les africains de quelque pays, de quelque race ou ethnie, de quelque religion et de quelque origine sociale à s’interroger sur les raisons de la désertion des bras valides des contrées et des centres urbains vers d’autres cieux. Pour ma part, je peux citer entre autres causes l’acculturation, l’inadaptation de systèmes éducatifs, la mauvaise gouvernance, l’injustice, l’accaparement des terres productives, le terrorisme savamment développé, la mauvaise identification de projets de développement, le complexe d’infériorité, le manque de considération de compétences locales autodidactes, l’inadéquation profil-emploi dans tous les secteurs sociaux, l’égoïsme, le tribalisme, le clanisme, la contusion, la corruption et le passe-droit ».   

Pour Manou Hamidou Nabara de l’ONG JMED, « la situation critique de la jeunesse surtout le chômage combiné a un certain radicalisme de certains migrants sont autant d’éléments qui les poussent à s’engager avec la ferme conviction qu’ils vont réussir comme certains de leurs compatriotes ».

L’apport des migrants dans l’économie de leurs pays d’origine

Il est vrai que la migration à ses côtés négatifs mais la majeure partie des migrants contribuent au développement de leurs pays d’origine. Selon les statistiques de la Banque Mondiale, les remises migratoires à destination de l’Afrique subsaharienne ont augmenté de 6,1% en 2022 pour atteindre 53 milliards de dollars. Dans des pays comme le Sénégal, le Nigéria et le Mali, les migrants participent au développement du pays.

« Derrière chaque migrant se cache plusieurs individus. Dans certaines communautés, ce n’est plus une histoire de personne mais plutôt de famille. Et vous vous êtes surpris de voir qu’en cas des problèmes, les familles se débrouillent pour sauver nos vies. En effet, chaque migrant prend en charge un important réseau familial dans son pays d’origine grâce au transfert des fonds » indique avec une certaine fierté et un soulagement F. K, une migrante de nationalité camerounaise.

Beaucoup d’études ont démontré que la migration peut aussi être bénéfique pour la femme en ce sens qu’elle peut avoir une expérience positive et d’améliorer ses conditions de vie. Si elle apprend un métier, elle peut mettre en place une entreprise, créer de l’emploi et renforcer son autonomie. Aussi, vivre dans un autre pays, peut l’amener à avoir des expériences positives. « Certaines de mes compatriotes avec qui nous étions ensemble ont accepté le retour volontaire de l’OIM. Certes, il n’est pas dit qu’il faut nécessairement aller en Europe pour réussir mais seulement les conditions de vie et de travail ne sont pas les mêmes. Aussi, les opportunités pour toutes les catégories. Pour moi, en étant en Europe, c’est plus facile de gagner sa vie et de soutenir les autres » estime Amelia.

La question de la migration irrégulière des femmes est un sujet qui demeure d’actualité puisqu’elles sont en quête de voyager et surtout parmi les expulsés. Pourtant au-delà de la protection de leurs droits dans un contexte des violences, il y a lieu de continuer à travailler et assurer l’effectivité des droits de chaque citoyen. Cela relance le débat au moment où les autorités nigériennes ontà travers l’ordonnance 2023-16 du 25 novembre 2023 abrogé la loi 2015-36 portant criminalisation de certaines activités liées à la migration irrégulière.

A Agadez, l’on remarque que les activités de la migration ont lentement repris mais sans atteindre son développement d’antan qui jadis donnait un réel espoir à ses acteurs.

Ce reportage a été réalisé par Souleymane Oumarou Brah dans le cadre du projet Informa, soutenu par l’Union Européenne.

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